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Mes BD à moi participe aux Challenges suivants:
Série: L'assassin qu'elle mérite
Tome: 1
Titre: Art nouveau
Scénariste: Wilfried Lupano
Dessinateur: Yannick Corboz
Coloristes: Yannick Corboz, Catherine Moreau
Editeur: Vents d'Ouest
Date de publication: Septembre 2010
Vienne, 1900... Ville de tous les excès, des artistes bien en vu, des riches dilettantes, et de la pauvreté crasse du caniveau. Victor est de ces derniers. Adolescent, fils de tailleur de
pierre qui a perdu sa main au travail, il aide sa famille en vendant des fleurs dans la rue. Mais Victor va faire la rencontre d'Alec, un riche bourgeois qui s'est découvert une lubie, faire un
art réellement contestataire de la société, mais rien d'aussi guindé que les peintres fats. Non, Alec veut transformer un pauvre gentil, en ce que la société craindra le plus. Et sur son chemin,
il trouve Victor, qui va parfaitement lui convenir. L'artiste va lui faire goûter au luxe et au plaisir sans limite. Mais seul Victor croit que cela sera sans coût pour lui.
Cet album, sans être complètement convaincant, me semble porteur d'une idée assez forte. Le scénario s'avère plus complexe qu'il n'y semble au premier abord, et je pense que Wilfried Lupano
réalise une critique acide de notre société actuelle, en parlant de l'Autriche du début du XXe siècle. Il me semble qu'il y a une métaphore à découvrir, à travers Victor et Alec. Celle d'un monde
où ceux qui n'ont rien se voient promettre le bonheur par la consommation exacerbée et le luxe, et tombent dans la délinquance pour se conformer à cette image du bonheur. Et c'est à mon sens le
mal dont souffre notre société. Je ne dis pas qu'il faut renoncer à tout rêve, et savoir rester à la place qui est la sienne, ce n'est pas ma pensée. Le rêve est important, et le désir de progrès
me semble une excellente chose. Mais la société capitaliste actuelle crée un bonheur frustrant et inatteignable, oppressant, qui pousse les plus faibles aux pires méfaits pour parvenir à goûter
eux aussi à ce bonheur. Victor vit exactement cela. Alec lui offre le libre et total accès à une maison close, dans laquelle Victor tombe amoureux d'une des filles, et lui coupe soudainement et
volontairement les vivres. Drogué par se bonheur illusoire et faux, Victor va tout faire pour regagner l'accès à ce qu'il a perdu. Comme un drogué. Le culte de la surconsommation est une drogue à
part entière. Mais il n'y a pas grand monde pour appeler à lutter contre.
Je n'aurai qu'un seul reproche, sur le scénario, c'est qu'il ne met pas assez en avant la comparaison des deux mondes, quand Victor goûte au luxe. On comprend pourquoi il pète les plombs à la
fin, mais c'est plus une question de principe. Si on avait plus vu ses difficultés à vivre parmi les siens après ses passages à la maison close, je pense que le personnage aurait été encore plus
convaincant par la suite. Une représentation case contre case, aurait peut-être eu de l'intérêt pour montrer le cheminement du personnage.
Wilfried Lupano est accompagné de Yannick Corboz au dessin. Il pos
sède un je ne sais quoi qui ne me convient pas complètement. Peut-être un trait légèrement trop caricatural parfois, sur les visages, qui fait perdre en humanité Alec, et qui l'écarte de la
monstruosité ordinaire dont il fait preuve. Rien d'insurmontable cependant.
Ce premier tome s'avère très contradictoire dans les sentiments qu'il procure, mais je vais préférer retenir la profondeur de son scénario. Il fait mine de, ne se livre pas au premier abord et
pourtant recèle une modernité cruelle.
Je regarderai le tome 2 avec attention pour voir comment la société obtient l'assassin qu'elle mérite.
Ils en ont parlé: Samba BD, Scénario, BD Gest,
16/20