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Mes BD à moi participe aux Challenges suivants:
Titre: Portugal
Auteur: Cyril Pedrosa
Coloriste: Ruby
Editeur: Dupuis
Collection: Aire Libre
Date de publication: 2011
Simon est auteur de bande dessinée, prix dans une spirale négative. Il n'aime pas ses derniers livres, et ne trouve plus d'inspiration pour en écrire de nouveaux. En attendant, il travaille comme
il peut, dans des écoles, donne des cours de dessin. Avec sa compagne, Claire, ils ont le projet de s'installer, d'acheter une maison. Mais Simon n'est en fait pas très enthousiaste, l'idée ne
lui parle guère. D'ailleurs, pas grand chose ne lui parle ne fait, ces derniers temps. Et puis le voilà invité à un festival bd au Portugal, le pays d'origine de sa famille. Ces quelques jours
passés là-bas vont le chambouler au delà de toute imagination.
J'entame cette critique avec une petite boule au ventre. Je crains de ne pas être à la hauteur de l'œuvre. Car une fois de plus après Trois Ombres, Cyril Pedrosa livre une véritable œuvre d'art,
qui n'a rien à envier à nombre de titres de la littérature. Et j'ai peur de ne pas rendre justice à son travail. Bref, commençons. Il faut d'abord préciser que ce n'est pas un récit
autobiographique. L'auteur s'est inspiré de faits réels lui étant arrivé, qu'il a romancé, détaillé, pour livrer une histoire à la fois personnelle et plus universelle. C'est donc bien une œuvre
de fiction que nous avons là.
Ce qui est étonnant, c'est que le propos de l'auteur parvienne à nous toucher alors qu'on ne se sent pas le destinataire premier. Pour ma part, je suis issu de familles originaires des quatre
coins de l'Europe, mais il me faut remonter à mes arrière-grands-parents maternels pour trouver les vrais immigrés de la famille. Pourtant, il y a une résonnance qui se fait, entre moi et Simon.
Ce vide en lui qu'il montre (à défaut de pouvoir l'exprimer réellement), ce doute sur son passé, a quelque chose de vraiment universel. Il ne sait pas d'où il vient, comment pourrait-il savoir où
il va. Ce livre est donc une quête des origines, une découverte d'un passé méconnu, et rempli d'ombres. Et Pedrosa prend son temps, pour nous le faire comprendre. Il sépare son histoire en trois
chapitres. Le premier parle entre autre du festival au Portugal, le second d'une réunion de famille autour d'un mariage, et le troisième, d'un séjour plus long pour Simon dans la maison de son
grand-père au Portugal. Au premier abord, le premier et le deuxième chapitre semblent un peu séparés. Mais en fait, le lien demeure toujours avec le titre du livre. Cette quête du passé, prend
pour Simon différentes voies. Il ne parvient pas directement à son but, il prend son temps, tergiverse, évolue. Et ainsi, le scénario gagne vraiment en crédibilité. Ce sont des évènements qui le
font changer, des choix et des rencontres qui l'amènent à se plonger dans l'historie de sa famille. Une histoire tue, car la famille Muchat ne parlait pas. Les Grands-parents ne parlaient pas, le
père de Simon ne parle pas non plus. Et pourtant, le dernier maillon de la lignée voudrait, lui, parler et comprendre. Il finira par arriver à ce qu'il veut, mais la route sera sinueuse. Cyril
Pedrosa propose vraiment ce parcours avec finesse et délicatesse. Il maîtrise parfaitement sa narration, son propos, et avec force et sérénité, nous emmène là où il veut lui. Et la route est des
plus plaisante.
Une des grandes forces de cet album, c'est aussi sa qualité graphique. Il a obtenu le prix de l'album FNAC à Angoulême, mais je trouve qu'il aurait mérité sans doute celui du meilleur album. Il
se place parfaitement dans la veine d'un autre album primé précédemment, Asterios Polyp. On sent que Pedrosa essaye des choses, développe des stratégies différentes, pour mettre en valeur les
scènes, ou les propos qu'il veut transmettre. On sent bien que rien n'est laissé au hasard non plus, et que l'ouvrage lui aura demandé là aussi, une grande réflexion préalable. Le code graphique
des scènes de solitude est vraiment marquant, par exemple. Des lignes fines et épurées, recouvertes par ce vert bleuté très froid, très hospitalier, ou très ambiance piscine, et que l'on retrouve
tout au long de l'album. Sous les arbres pendant le festival bd, à la piscine justement, ou en voiture, pour les discussions avec Claire, jusqu'aux dernières pages et à la lettre envoyée par
Simon à son père. Il y a réflexion, cohérence et intelligence, dans la conception graphique de cet album.
Voilà, j'espère avoir pu écrire sur cet album sans le trahir. C'est tout de même la deuxième fois que je suis touché profondément par un album de Cyril Pedrosa. C'est sans doute la preuve de son
immense talent. A priori, je garderai cet album comme le meilleur de l'année 2011 à mes yeux. J'en ai lu un certain nombre, et il ne me manque que deux pointures de l'année à lire, mais je crois
que celui-ci, par la portée de son message, par son ouverture, mérite de figurer aux meilleures places du monde de la bande dessinée.
Ils en ont parlé: Temps de livre, Ben Dis, L'accoudoir, Sin City.
19/20