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Mes BD à moi participe aux Challenges suivants:
Titre: Retour au collège
Auteur: Riad Sattouf
Editeur: Hachette Littératures
Date de publication: 2005
Comme beaucoup, Riad Sattouf garde un souvenir mitigé de sa scolarité. Il retient plus volontiers les devoirs pas faits, les interros surprises et la boule au ventre du matin. Histoire de
dédramatiser tout ça, il a décidé d'aller rencontrer des élèves de 3e pour en faire un bouquin, de son point de vue d'adulte. Mais plutôt que d'aller raconter la banlieue, Sattouf décide de se
faire ouvrir les portes d'un collège haut de gamme, dans les meilleurs quartiers de Paris. Et ce n'est pas sûr que ce qu'il nous en rapporte soit plus rassurant que ce qu'il aurait rapporté d'une
ZEP.
Voilà qui me réconcilie avec Riad Sattouf, dont je n'aime pas les Pascal Brutal. Là, il réalise un travail utile et intéressant, un reportage sur la jeunesse dorée de notre pays. Point de vue
inhabituel, c'est certain. Et ce n'est pas tant sur les adultes, que la critique est acerbe, après tout, ils ressemblent à presque tous les profs de France, mais sur les enfants. L'auteur n'y va
pas de main morte, et il croque tous leurs travers. Pour montrer, surtout, que ces établissements de qualité ne sont pas exempts de tous les ennuis que connaissent les collèges moins bien dotés.
Racket, souffre-douleurs, phénomènes de mode, histoires d'amour, rien de neuf. Par contre, Sattouf pointe aussi des spécificités assez dérangeantes, et je pense notamment à une sexualité
exacerbée pour des enfants de cet âge. Des 3e, j'en ai connus, des bisounours, des difficiles, et pourtant je n'ai jamais vu un tel ancrage sur le cul. Chez les mecs, principalement, mais aussi
chez les filles, puisque Sattouf les montre avec le string bien souvent haut au dessus du pantalon. Des choses qu'on voit à peine dans les ZEP, avec attouchements, et surtout, banalisation. Rien
ni personne ne vient sanctionner les garçons qui abusent des filles. Ca m'interpelle et m'intrigue. Faut-il y voir une caution de la société patriarcale, où l'Homme est maître des choses, et où
donc ces actes deviendraient peu importants? L'auteur interroge, c'est indéniable. Bon, sinon, le rapport à l'argent est bien sûr infâme, surtout quand les gamins racontent qu'ils ne sont pas si
riches, puisque les riches, eux, vont dans le privé. Quand on est de gauche, on est pris d'envies révolutionnaires, à cette lecture.
Retour au collège se base sur un trait assez instinctif de la part de Sattouf, on sent des croquis pris sur le vif, des idées jetées pendant la quinzaine passée avec eux, et ensuite remises en
ordre. On ne l'attend donc pas sur sa maîtrise graphique, sur cet album, mais plutôt sur la spontanéité.
J'ai vraiment apprécié ma lecture. Comme je l'ai dit, c'est un point de vue inhabituel, qui permet aussi de relativiser ce que certains veulent mettre en avant comme des symboles. Il n'y a pas
plus d'humanité dans ces établissements haut-de-gamme, que dans les ZEP. Et l'inhumanité, elle, toujours présente, ne fait que se manifester différemment. C'est marrant, un homme politique que
j'apprécie vient récemment de dire que l'Ecole de la République était bonne pour les gosses de cité, comme pour les fils de riches. Cet album en est l'illustration. Enfin, l'illustration qu'il
faut redonner la priorité à l'éducation, dans notre pays.
Ils en ont parlé: Krinein, Livres.ado, Audouchoc, Mitchul.
17/20